REALITES
Région des Grands Lacs
Burundi alerte: vers la rechute ou la malédiction de la guerre civile
Tout remonte au 24 mai 2010. A l’annonce des résultats donnant le parti CNDD-FDD, du président Pierre NKURUNZIZA, largement vainqueur, la contestation a traversé le pays comme une onde de choc. La commission électorale nationale balaya d’un revers de la main les accusations de fraudes massives et valida les résultats transmis des différents centres de vote sur les procès verbaux. Les observateurs de l’Union Européenne, de l’Union Africaine, les journalistes et associations de la société civile saluèrent unanimement le bon déroulement des élections. Mais l’opposition en mauvaise posture, ne l’entendit pas de cette oreille. Analyse d’une situation dangereuse.

C’est qu’au Burundi, gagner les élections est synonyme de feu vert vers les caisses de l’Etat, l’enrichissement illicite et les privilèges. Et qui gagne les élections communales, contrôle le Sénat (qui approuve les nominations aux hautes fonctions politiques du pays : ambassadeurs, consuls, magistrats des cours et tribunaux, chefs d’état major de l’armée).
L’opposition, partie au scrutin en rangs dispersés, appelait de tous ses vœux à la déconfiture du parti présidentiel. Ce dernier était accusé même durant la campagne électorale d’avoir profité des moyens de l’Etat et d’avoir recours à des intimidations et achat massif de consciences. Mais la vérité était que cette même opposition était coupée de l’intérieur du pays où des électeurs pauvres et analphabètes adhéraient aux promesses alléchantes du parti au pouvoir.
Selon les résultats proclamés, les FNL Palipehutu de Rwasa Agathon, gagnaient la position de deuxième force du pays avec un score de 14%. Mais loin derrière le CNDD-FDD, crédité de 64% des suffrages exprimés. L’ancien parti unique, l’UPRONA, était relégué à la quatrième place après le FRODEBU. Le MSD de l’ancien journaliste Alexis SINDUHIJE devenait la cinquième force politique du pays tandis que Léonard NYANGOMA du CNDD, s’effaçait complètement de la scène politique.
Très courtisé, Agathon Rwasa, leader des FNL (candidat de son parti à l’élection présidentielle) rejeta les résultats et exigea que les élections soient réorganisées. Cette exigence fut jugée inadmissible. En coalition entre autres avec le FRODEBU, le MSD et Léonard NYANGOMA, Agathon Rwasa décida de boycotter la suite du processus qui devait voir l’élection du président de la République au suffrage universel direct, l’élection des députés et des sénateurs et se terminer par l’élection des conseillers des collines ou des quartiers. Des échauffourées eurent même lieu devant le siège de son parti.
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Agathon RWASA leader de l'apposition
en exil. |
L’UPRONA, tout en dénonçant des imperfections et le score stalinien du parti présidentiel, se garda de joindre la coalition dénommée Alliance des Démocrates pour le Changement (ADC). Par cette ruse, l’UPRONA espérait récupérer la place abandonnée par les FNL et gagner plus facilement quelques sièges à l’Assemblée nationale. Un score important ou minable lui ouvrait la porte du palais et de l’intendance du premier Vice-président de la République, un poste qui revient de droit à un Tutsi! Ce fut une grande déception pour la coalition et une caution considérable pour la légitimité du régime. L’UPRONA négligea cet aphorisme de La Bruyère : « S’il est périlleux de tremper dans une affaire suspecte, il l’est plus encore de s’y trouver complice d’un grand. Il s’en tire et vous laisse payer pour lui et pour vous. »
La guerre pour faire plier le régime
Au lendemain de la proclamation des résultats définitifs, des explosions de grenades retentissent dans la capitale. Les forces de l’ordre furent déployées sur les différents centres de vote pour sécuriser le processus électoral. Mais les tirs nourris de Kalachnikov ou d’armes automatiques qui s’étaient tus avec l’intégration des FNL dans l’armée et la police retentirent à nouveau.
A travers le pays, les assaillants que le gouvernement qualifia de bandits armés surgirent de nulle part et se mirent à piller les ménages, et à attaquer les positions des militaires. Derrière la politique de l’autruche ou l’attentisme du président, la guerre avançait comme la rechute d’une maladie.
Par médias interposés, les ténors de l’ADC et le gouvernement rivalisèrent d’imagination pour défendre la cause des assaillants et réclamer des négociations immédiates d’une part, pour se prévaloir de la légitimité issue des urnes et déclarer une guerre sans merci aux fauteurs de troubles d’autre part. Agathon Rwasa, Léonard NYANGOMA et Alexis SINDUHIJE prirent la poudre d’escampette. De l’étranger, ils multiplièrent les déclarations, accusant le pouvoir de Bujumbura d’être issu d’un hold-up électoral et promirent de le faire plier par tous les moyens. D’anciens compagnons d’Agathon Rwasa ayant choisi de s’allier avec le parti présidentiel organisèrent un congrès et annoncèrent la destitution du leader historique des FNL Palipehutu. L’opinion dénonça cette politique de diviser pour régner.
Le phénomène des bandits armés devint très préoccupant et d’aucuns se désespéraient à cause des « bandits » qui s’en prenaient surtout aux positions de l’armée et de la police, faisant de nombreuses victimes et emportant armes, munitions et tenues militaires. La traque prit une autre tournure lorsqu’en octobre 2010, la rivière Ruzizi à une dizaine de kilomètres de la capitale, rejeta une dizaine de cadavres. Les associations de défense des droits de l’homme accusèrent les services des renseignements d’être les auteurs du massacre de ceux qui étaient présentés comme d’anciens combattants ou militants des FNL d’Agathon Rwasa.
Dans la province de Bujumbura rural, ancien bastion des FNL, ce parti y avait raflé la majorité des sièges des conseillers communaux et était assuré d’un score confortable au sénat. C’est de là que démarre une lutte sans merci entre les militants du CNDD-FDD et ceux des FNL. Depuis août 2010, aucune nuit ne sunpasse sans qu’un militant du CNDD-FDD ne perde la vie et le lendemain, un militant des FNL est tué pour venger l’autre. Dans ce genre d’engrenage d’attaques et de représailles, la panique gagne les esprits.
Début mai 2011. Le président de la République décide de prendre le taureau par les cornes. Il s’engage à pacifier la province endéans deux mois. Mais la déclaration qui défraie la chronique est celle de son ministre de la défense. Il a l’audace d’appeler un chat un chat. Dans cette journée du 9 mai 2011, le général major Pontien GACIYUBWENGE en s’adressant aux populations apeurées de la province de Bujumbura déclare : « Il n’y pas de bandits armés. Il s’agit d’une guerre engagée par les FNL d’Agathon Rwasa en complicité avec Léonard NYANGOMA ». Il pointe un doigt accusateur sur un ton très menaçant vers les deux anciens chefs rebelles. Et le ministre de la défense de faire part de sa détermination à se lancer aux trousses de Rwasa sur le territoire congolais, de la même manière que les Américains ont pu anéantir Oussama Ben Laden !
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Général Pontien GACIYUBENGE |
Comparaison n’est pas raison
La déclaration du ministre de la défense est lourde de conséquences. D’une part, elle reconnaît que le pays est en guerre. Ce qui peut compromettre les projets de développement et ramener le pays aux phases de conflit. D’autre part, elle dénigre le gouvernement et les militaires congolais.
Si les Américains disent avoir pénétré dans le territoire pakistanais à l’insu des autorités, nul n’ignore que des accords secrets dans le cadre de la lutte contre le terrorisme existaient depuis belle lurette. Qu’en est-il du Burundi et de la République Démocratique du Congo ?
Tertio, la déclaration du ministre de la défense rend ridicule la position du président de la République de ramener la paix à travers des campagnes de sensibilisation. S’il y a la guerre et que les belligérants sont identifiés, la recherche d’un compromis passe par des négociations, à défaut d’une victoire militaire.
Les diplomates accrédités à Bujumbura penchent du côté des négociations. En date du 12 mai 2011, la déclaration du ministre de la défense tire les ambassadeurs de leur réserve. Par la bouche de l’ambassadeur de la République sud-africaine, les diplomates invitent le gouvernement du Burundi à entamer sans délais des négociations avec Agathon Rwasa et les ténors de l’ADC. En d’autres termes, qualifier le leader historique des FNL de terroriste ne semble pas convaincre, ni réussir à en faire le mouton noir à abattre, sous les applaudissements de la population de Bujumbura rural.
Au contraire, le bilan macabre des pertes humaines bouleverse l’opinion et plaide en faveur des négociations. Ce qui risque de rendre obsolètes les accords de paix d’Arusha ou du moins de revenir à des institutions transitoires comme avant 2005!
Après la sortie médiatique du corps diplomatique, le président Pierre NKURUNZIZA peut choisir d’ignorer le conseil des diplomates. Hélas, pas pour longtemps si on n’ignore pas l’efficacité de la stratégie du bâton et de la carotte. Non seulement le Burundi dépend à plus de 50% de son budget national, des aides extérieures. La population paie déjà un lourd tribut aux assauts des assaillants et aux règlements de comptes politiques ; le robinet de la manne financière a tari et pas mal de projets d’envergure nationale tardent à démarrer ; les prix des produits de première nécessité flambent dans un pays enclavé et dépendant essentiellement d’une agriculture artisanale; l’inflation est galopante et la corruption une gangrène, comme issue de secours pour les fonctionnaires aux salaires dérisoires!
Il faut noter que la déclaration du ministre de la défense et l’invitation des diplomates à négocier, ont conforté la position d’Agathon Rwasa et de ses compagnons dans l’Alliance des Démocrates pour le Changement. Même si la RDC ne soutenait pas Rwasa par manque d’intérêt, elle peut le faire pour défier le pouvoir de Bujumbura ou le contraindre à faire profil bas ou amende honorable. Ce serait pour la RDC une occasion idéale pour redorer son blason longtemps écorné par l’occupation de sa partie orientale par les troupes venues du Burundi, du Rwanda ou de l’Ouganda. La déclaration du ministre de la défense n’aura gagné qu’à mettre le feu aux poudres. dans une poudrière !
L’affaire de la dette ougandaise, un scandale d’Etat
Au Burundi, l’opposition pacifique semble à court de stratégies. Elle est moins bruyante que certaines associations de la société civile. L’opposition en intelligence flagrante avec les assaillants, se livre aux tapages médiatiques mais souffre d’impopularité par rapport au populisme du président Pierre Nkurunziza. Ce dernier est ovationné par un troupeau de courtisans et de paysans sur les mille collines à cause des mesures salutaires comme la gratuité des soins de santé en faveur des enfants de moins de cinq ans et des femmes enceintes ou en couches ; la gratuité de l’enseignement de base; une politique de proximité sous forme de campagne électorale permanente sur fond de corvées communautaires hebdomadaires ayant permis de construire de nombreuses écoles, de centres de santé et surtout la plantation d’arbres fruitiers. Les éloges envers le président de la République et son parti deviennent grotesques quand on aborde les volets de la diplomatie et de la gestion des affaires publiques.
En août 2010, seul le président Paul Kagamé du Rwanda était présent aux cérémonies d’investiture pour le second mandat de Pierre Nkurunziza. Une gifle qui est loin d’être oubliée. Toutefois, le président exploite le capital de sympathie dû à l’envoi de troupes en Somalie, au Darfour, au Tchad, en Côte d’Ivoire et en Haïti. Mais la diplomatie laisse beaucoup à désirer.
Les dignitaires du régime sont régulièrement épinglés dans des affaires de corruption et de malversations. L’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations (OLUCUME), l’Observatoire de l’Action Gouvernementale (O.A.G) et le Forum pour le renforcement de la société civile (FORSC) étalent sur la scène publique des affaires de détournements faramineux des deniers publics. La culture de l’impunité perdure à l’exception de l’incarcération du directeur général de la société sucrière et du directeur général de l’OTRACO. Ce ne sont pas les institutions qui manquent car une brigade spéciale anti corruption, une Cour spéciale anti-corruption et l’Inspection générale de l’Etat ont été mises en place. L’opinion dénonce un manque de volonté politique qui voudrait que des intellectuels intègres et courageux soient placés à la tête de ces institutions et que les privilèges de juridiction soient bannis.
Novembre 2011, un baron du régime a fait défection et a préféré joindre sa voix à celles nombreuses des patriotes qui dénoncent le fléau de la corruption et l’attentisme du président Nkurunziza. Manassé NZOBONIMPA, Colonel

député Manassé NZOBONIMPA
formé dans la rébellion CNDD-FDD, député du Burundi au parlement des Etats de la Communauté Est-Africaine et secrétaire du Conseil des Sages (organe suprême de prise de décision du parti au pouvoir) a pris son courage à due x mains pour dénoncer ce qu’il a qualifié de réseau maffieux à la tête du pays et du parti. Il y est allé avec les dents d’une tronçonneuse pour étaler sur la place publique les agissements de certains dignitaires qui, à son avis, ont détourné la bagatelle de treize millions de dollars à la faveur du remboursement d’un crédit accordé à l’Ouganda du temps de la rébellion de Museveni. Des dignitaires du régime notamment, les ministres des finances, des travaux publics, l’ancien directeur des douanes, l’Ombudsman et le président du parti au pouvoir ont été jetés en pâture.

Président MUSEVENI d'Ouganda
Alors que la justice saisie par les personnes qui se disent diffamées par les dénonciations, s’est empressée de convoquer le député Manassé, l’opinion nationale ne tarit pas d’éloges à l’endroit du « digne représentant du peuple ». Dans une émission d’expression libre diffusée sur les antennes de la Radio Publique Africaine, les intervenants soulignent que le député Manassé a dit tout haut ce que tout le monde dénonce mezza voce. Un statut de grand défenseur de l’intérêt général qui a été renforcé par la sortie médiatique du deuxième vice-président de la république.
En mars 2011, monsieur Gervais Rufyikiri, lors d’une rencontre avec les cadres de l’Etat à l’intérieur du pays, a dénoncé « un réseau de pilleurs qui ruine la République » ! Interprété comme un soutien de taille à la position du député Manassé, Rufyikiri s’est rétracté mais sans rien améliorer de la conviction de l’opinion convaincue que la République va à la dérive. C’est que l’affaire de la dette ougandaise est un véritable scandale d’Etat.
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Gervais RUFYIKIRI 2ème Vice-président |
En effet, du temps du président BAGAZA, le rebelle Museveni a été soutenu par Bujumbura en armes et munitions. Avec l’arrivée du CNDD-FDD au pouvoir, Museveni a décidé de soutenir « ses petits frères» en leur remboursant le principal de la dette et les intérêts. Le Burundi a remercié vivement le président MUSEVENI pour son implication dans le processus de paix en tant que chef de l’initiative régionale. Dans une déclaration à la nation, le président Pierre NKURUNZIZA a confié que l’Ouganda avait accepté de soutenir la politique de la gratuité de l’enseignement en donnant des cahiers aux écoliers burundais pendant cinq ans. Or, les révélations du député Manassé ont souligné que ces cahiers avaient été achetés mais que leur coût était insignifiant par rapport au montant reçu lors du remboursement de la dette. Où est donc passé le pactole ?
La société Picfare qui avait reçu la commande des cahiers et matériels scolaires a sorti un communiqué pour inviter le gouvernement du Burundi à respecter les termes du contrat. Elle parlait d’une commande de matériels scolaires qui attendait l’autorisation de livraison à domicile mais dont le ministre des finances refusait d’accorder l’exonération des droits de douanes.
L’Observatoire de lutte contre la corruption s’est jetée sur le dossier pour rappeler que cette même société Picfare avait déjà été citée dans la vente controversée du jet présidentiel. L’affaire est arrivée aux oreilles du président Museveni. L’on comprend que dès lors, les révélations du député Manassé ont fragilisé le système CNDD-FDD. Pire encore, nombreux sont les Burundais qui regrettent que l’ancien combattant ait été exclu du parti en lieu et place de la pègre.
S’il est certain que les magouilles au sommet de l’Etat ne datent pas de l’arrivée du CNDD-FDD aux affaires, il est préoccupant de constater avec quelle insolence ou légèreté les révélations sont traitées sous la stratégie de laisser braire! Le chien aboie, la caravane des pilleurs passe son chemin.
Une mer rouge-sang comme bout du tunnel
Sans opposition active et déterminée, la population croupit sous le joug et endure les bévues. La communauté internationale a beau dénoncer les atteintes graves aux droits de l’homme, Transparency International a beau mettre le Burundi sur la liste des pays les plus corrompus de la planète, le Burundi comme un bateau dont l’équipage est atteint du syndrome du Titanic, coule. Et la grande responsabilité en est attribuée au président NKURUNZIZA qui est accusé, avec beaucoup de dénigrement de la part de ses détracteurs, d’être un gourou, un amateur des jardins et amoureux du ballon rond au lieu de prendre régulièrement son bâton de pèlerin pour faire entendre la voix du Burundi dans les saints des saints de la diplomatie à New York, Paris ou Addis Abeba. Et si la rébellion d’Agathon Rwasa visait à le faire changer de centre d’intérêts du Burundi pour faire en sorte que l’Occident retrouve sa place stratégique d’antan?

Mais alors, qu’espérer de cette énième rébellion d’Agathon Rwasa ? Va-t-il finir comme Jonas Savimbi ? Ou mieux, va-t-il incarner la destinée de l’opposant qui ramène l’oligarchie au pouvoir à la raison ? Du côté de l’ancien parti unique, UPRONA, où les querelles byzantines font rage, va-t-il y avoir un compromis sur son retrait du gouvernement comme en 2007 après la chute de l’ancien patron du parti CNDD-FDD, Hussein Radjabu, toujours sous les verrous? Qu’adviendrait-il si le président NKURUNZIZA décidait d’entamer les négociations avec Rwasa, de mettre en pratique sa politique de tolérance zéro et d’envoyer un essaim de dignitaires corrompus derrières les barreaux ? Qu’adviendrait-il s’il s’entêtait toujours et choisirait de garder le pays la risée de la région et du monde ?
Les pays de la sous-région, déçus par la gabegie, l’opacité et les ratés de la diplomatie du régime de Bujumbura vont-ils appuyer Rwasa et l’ADC et renverser le régime de Pierre Nkurunziza ? Un ténor de l’ADC, mécontent d’avoir échoué à entraîner la population à se soulever comme en Egypte, martelait que même le président Moubarak est parti alors qu’il venait tout juste de gagner les élections avec un score digne d’un plébiscite!
Même si les analystes avisés s’accordent à dire que l’expérience de la révolution du jasmin serait difficile à réaliser au Burundi, nul ne peut prédire ce dont un peuple aux abois est capable. En 1993, l’armée burundaise ne s’attendait pas à ce que le putsch contre Melchior Ndadaye débouche sur une guerre civile. Celle-ci a duré plus de dix ans.
La nouvelle guerre d’Agathon Rwasa peut durer longtemps, saigner une économie déjà exsangue et éprouver un peuple désemparé. Un coup d’Etat militaire semble impensable, car nul n’ignore la nature hétéroclite de l’armée et de la police burundaises. Mais les ingrédients peuvent être vite réunis dans ce pays où anciens fossoyeurs de la démocratie et anciens rebelles sont loin de se porter mutuellement dans les cœurs.
De l’avis d’un officier de l’armée ayant requis l’anonymat, une poignée de généraux et de colonels issus de l’ancien mouvement rebelle CNDD-FDD s’est terriblement enrichie en complicité avec quelques généraux et colonels issus des ex-Forces Armées Burundaises. D’où sa peur que la guerre de Rwasa ne donne un coup de boutoir au régime, dans une tragédie similaire à celle de 1972! Mais est-ce vraiment le passage obligé comme si les autorités burundaises cherchaient à subir le même sort que Pharaon du temps d’Aaron et Moïse? Hélas dans ces scénarios, le bout du tunnel reste une mer rouge-sang. Mais il s’agit pour l’instant que d’une sonnette d’alarme.
M. Guizembenge
Envoyé spécial à Bujumbira

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